Les quartiers populaires ont aussi le droit d'avoir un cinéma

Publié le par Bernard Joseph

L'annonce par le maire d'Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura, au travers d'un article publié dans le quotidien Le Parisien de l'éventuelle implantation d'un cinéma multiplexe sur la fiche de l'ancien garage Renault aurait dû réjouir tous les aulnaysiens. Cela montre l'attractivité de cette zone en terme d'investissement surtout en cette période de récession économique et d'effondrement de l'investissement. Que des investisseurs aient de tels projets ne peut être qu'un signe positif, sans compter les retombées en terme de création d'emplois et de rentrées fiscales.

Un véritable demande pour un cinéma populaire...
Une telle implantation était aussi nécessaire en terme culturel alors que les salles de cinéma situées dans le centre commercial Parinor (désormais O'Parinor) ont fermé leurs portes depuis longtemps. Le seule offre en terme de cinéma était limitée aux projections offertes par l'Espace Jacques Prévert, certes de qualité (il s'agit d'une salle estampillée Art et Essai) mais limitée en terme de programmation et de scéances.
L'implantation d'un cinéma multiplexe au carrefour de l'Europe serait le symbole du retour du cinéma populaire en bordure d'une des zones résidentielles les plus denses de la commune et aussi où habitent une grande part de la jeunesse aulnaysienne. Pour de nombreux aulnaysiens, ce serait fini les expéditions à complexe UGC de Rosny-sous-Bois pour aller voir les nouveaux films à l'affiche.

Une opposition sans argument
Hélas, tout le monde ne voit pas cette implantation d'un bon oeil. On peut entendre les arguments de certains militants ou citoyens quant à l'opportunité d'une telle implantation. Tout peut être discuté dans le respect des uns et des autres.
Cependant, les prises de position d'élus sont plus gênantes. Certes, quoiqu'il soit construit sur les ruines du garage Renault du carefour de l'Europe, rien ne conviendra aux élus de droite tant cette friche est le symbole éclatant de l'échec de leur politique de sécurité et de leur inefficacité  en terme de reconstruction. Cela est plus gênant pour d'autres élus qui s'y opposent sans qu'on puisse dire si c'est par opportunisme politique ou par extremisme idéologique. Il suffit pour cela de reprendre uns par uns les arguments mis en avant par ces opposants.

Une étrange conception de la culture...
Il est assez étrange d'opposer les programmations existantes de la salle de l'Espace Jacques Prévert qui est une salle d'Art et Essai et les cinémas multiplexes qualifiés de "super marché du cinéma" et de "culture du plus grand nombre" et ainsi de hiérarchiser de façon dogmatique les pratiques culturelles de nos concitoyens. Il y aurait ainsi des "bonnes pratiques" et des "pratiques indignes à banir" en terme culturel. En quoi le cinéma d'auteurs ou les cinés-goûters proposés par l'Espace Jacques Prévert seraient plus légitimes que les scéances de cinéma commercial entre copains du vendredi ou du samedi soir ? Les deux sont légitimes en terme de choix. De quel droit devrait-on imposer des pratiques culturelles sous prétexte d'élitisme ? C'est cela la démocratie ? En réalité, vous l'avez bien compris, ces deux pratiques sont plutôt complémentaires et peuvent très bien coexister. En quoi, une offre culturelle élargie est-elle une menace ?

... et de la libre consommation
Les critique s'attachent aussi au reste du tissus commercial prévu, c'est à dire les enseignes de restauration. On se rappelle de certains sarcasmes véhiculés à une certaine époque sur la toile suite à l'annonce de l'implantation d'une brasserie dans un quartier supposé "musulman".
Et voilà qu'on fustige "les chaînes de restauration qui l’entoureront, temple de la malbouffe" tout en oubliant que la population d'Aulnay-sous-Bois n'a pas forcément les poyens de se payer les grands noms de la gastronomie. Pour certaines familles, la sortie au cinéma avec la pizza derrière est le seul luxe et bonheur qu'elles peuvent financièrement s'autoriser. Notre ville ce n'est pas qu'un "Boboland". Il y a aussi une réalité sociale et des pratiques culturelles différentes à prendre en compte.

Les quartiers populaires ont aussi le droit d'avoir accès au cinéma.


Photographie : CP du Prado, un des cinémas populaires d'Aulnay-sous-Bois.

Publié dans politique locale

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Hervé Suaudeau 19/11/2009 17:10


Aéroville, c'est exactement l'exemple auquel je pense. Ce multiplexe pourrait devenir à la culture ce que Aéroville est au commerce. Il faut donc éviter de faire aux autres communes ce que nous
critiquons de leur part.


Hervé Suaudeau 17/11/2009 23:28


Je tiens à rajouter, que des amis communistes de longue date soutiennent le combat contre ce projet destructeur, il ont été choqués qu'un maire qui se dit de gauche puisse, sans consulter personne,
mettre en danger les salles culturelles des alentours.
Je ne veux pas que le quartier de l'Europe n'ait droit qu'à la culture de la consommation. Je veux de l'ambition pour ma ville.


BJ 19/11/2009 16:59


Et Aéroville, c'est ambitieux ?


Hervé Suaudeau 17/11/2009 23:19



Je suis heureux que l'on puisse avoir ce débat. Peut être celui-ci aurait-il été mieux a sa place au conseil de quartier, mais le débat a lieu, et si le maire ne dit pas (comme pour d'autres
projets) que sa décision est définitive et qu'il n'en reviendra pas, alors cela vaut le coup de débattre pour cela.

Ensuite, je souscrit a de nombreux arguments: Un cinéma et des activités ici serait une bonne idée, car les quartiers populaires méritent au moins ou même plus que les autres l'accès à la
culture.

Par contre le raisonnement qui occulte les conséquences d'une telle implantation pourrait tout à fait être utilisé pour l'implantation d'un nouvel hypermarché mettant en danger le petit commerce.
Mais le plus grave, c'est qu'il s'agit là de la richesse culturelle d'Aulnay et des villes aux alentours qui risque d'être mis en danger. Pourquoi le nier alors qu'en 2000 quand le projet de
multiplexe avait vu le jour à Paris Nord, l'argument à ce moment était valable ?


Pourquoi un tel aveuglement ? Pourquoi mettre cela le compte sur l'opportunisme politique ? Pourquoi, sinon faute d'arguments, se protéger en attaquant personnellement ceux qui critiquent à juste
titre le projet ? Où est l'extrémisme idéologique ?
Allons, discutons du fond du problème.


Des fast-food et du cinéma commercial, n'est-ce pas un manque d'ambition pour le quartier de l'Europe ? Le projet du CAP montre que l'excellence culturelle a sa place dans les quartiers, pourquoi
vouloir réduire la culture du quartier de l'Europe à la consommation ? Ne voulons-nous pas une autre société ?


Les faits démontrent que le projet est passé en force sans que les habitants aient été consultés. L'histoire, a montré que en 2000 quand le projet de multiplexe à Paris-Nord avait vu le jour, des
élus de gauche s'y étaient opposés sans que cela fasse de vague. Pourquoi cacher cela ?






BJ 19/11/2009 16:58



On se connaît assez bien et tu sais très bien que si on nous demandait de penser à quelquechose sans aucune considération financière, on ferait autre chose de bien mieux, de plus social et de
plus environnemental. Mais, nous ne sommes des pauvres blogueurs solitaires et des militants politiques.

Et surtout pas des élus responsables qui doivent prendre en considération les aspects historiques, juridiques et financiers du dossier.

Dans notre jeunesse, vivait encore d'ancien ministre soviétique des Affaires étrangères, Andreï Gromyko, un des pères fondateurs de l'ONU. Il était surnommé à l'époque "Monsieur Niet" à cause de
son intransigeance dans les relations diplomatiques et son refus de revoir sa position.

Cela serait bien qu'avant de dire "NIET" certains élus demandent à voir, étudient et réflechissent...