Inside Job : un film pour enfin comprendre la crise financière

Publié le par LC - AA

Dans le langage policier, un "inside job" est un crime ou un acte illicite commis par ou avec l'aide de quelqu'un employé par la victime ou ayant suffisament la confiance de la victime pour avoir accès aux affaires ou lieux de cette victime.

 

Inside Job s'inscrit dans cette lignée de fims documentaires qui vont bien au-delà de ce flux ininterrompu d'informations instantanées mais parcellaires et tentent d'aller jusqu'au bout des faits.

 

Inside Job revient sur la crise financière de 2008, initialement liée aux prêts subprime du marché immobilier nord-américain et de leur titrisation à outrange.

 

Le réalisateur Charles Ferguson analyse les faits et remonte aux origines de cette crise qui a coûté à des millions d'américains leurs maisons et des dizaines de millions de personnes de par le monde leurs emplois. Il dénonce cette dérèglementation initiée sous la présidence de Ronald Reagan, et jamais remise en question depuis, malgré les multiples scandales et des crises financières sans cesse plus importantes. Il met en lumière la collusion entre pouvoir politique et pouvoir financier, avec des acteurs qui passent sans scrupule de la direction de banques au cabinets ministériels ou aux organismes de contrôle. On y découvre un Alan Greenspan, président de la Réserve Fédérale entre 1987 et 2008, qui sent venir la crise mais refuse par pur dogmatisme idéologique de renforcer la réglementation. Se succèdent des banquiers qui vantent et vendent à leurs clients des placements financiers qu'ils savent "pourris", des agences de notation sans aucune crédibilité, des PDG qui se servent copieusement alors que leurs établissements sont au bord de la faillite, ou encore des universitaires qui au-delà des grandes théories ultra-libérales n'hésitent pas contre rémunérations à faire de curieux mélanges des genres.

 

Inside Job est aussi un avertissement face à une nouvelle crise qui risque d'être encore plus forte encore si rien n'est fait pour contrôler et réguler des ogres financiers de plus en plus puissants. Les états qui se sont massivement endettés pour sauver ces monstres sont-ils les prochain sur la liste ?
Charles Ferguson rappelle que le secteur de la finance a deversé 5 milliards de dollars en lobbying ou fiancement politique aux États-Unis, et qu'on retrouve ces mêmes prédateurs au sein de l'équipe Obama.
Et la France et l'Europe ? Fort heureusement, la règlementation n'avait pas encore entièrement subie les assauts des dogmes économiques libéraux. Les déboires des banques européennes largement renflouées par des dizaines de milliads de fonds publics montrent que les normes comptables et réglementaires sont pas suffisantes pour conter leurs dérives et la cupidité de certains dirigeants.
On saura rappeler que notre président avait inscrit dans son programme de 2007 "la généralisation du crédit hypothécaire pour permettre l'accès de tous au crédit immobilier sans mise de fonds initiale". Que serait-il advenu de ces millions de français si nous avions appliqué ce fameux modèle américain ?
Pour aller plus loin : le site internet officiel de Inside Job (en anglais)

Publié dans économie

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Xavier 06/12/2010 20:41



@ Laurent, 


Ce fim que j'ai vu récemment est effectivement très instructif. Il y aurait beaucoup à dire sur la force des marchés et la faiblesse des Etats. Peut-être est-ce dû au fait que "les forces du
marché" sont aussi au coeur des Etats ? Mais il faut assurément bien connaître les mécanismes du marché pour tenter d'infléchir cette tendance et faire en sorte que les Etats puissent commencer à
peser sur la destinée des marchés. Reste le problème fondamental des dimensions et des champs de compétence des uns et des autres. Les marchés sont mondiaux et les Etats ne sont que nationaux. Ce
n'est pas une raison pour ne rien faire au niveau national, mais c'est beaucoup plus difficile !


Reste aussi le problème des cycles, des emballements du système, des phénomènes moutonniers, des crises quasi-inévitables qui font partie de l' ADN d'un capitalisme qui, comme disait Marx, ne se
développe qu'à travers ses propres contradictions. Sauf qu'il a toutefois réussi à les repousser ou les déplacer jusqu'à présent, notamment grâce à une expansion géographique et technologique
sans précédent, qui ont permis et ô combien de contrecarrer la baisse tendancielle du taux de profit qu'avait pronostiqué K. Marx.


Les forces du capitalisme mondialisé sont d'une redoutable efficacité, car elles suscitent et se servent à merveille du progrès technique et des moyens modernes de communication et d'échange,
pour améliorer sans cesse la productivité du capital et du travail dans une combinaison qui invite toujours à un dépassement et à une optimisation. 


Marx dirait alors probablement aujourd'hui que les "forces productives" sont encore suffisamment puissantes pour que les "rapports de production" qui ont déjà évolué de façon considérable en même
temps que ces fameuses forces productives, ne se transforment en un bouleversement majeur. Le système est, certes fragile, comme on le voit bien à travers la crise, mais encore suffisamment
inventif et productif - et par delà les ajustements toujours difficiles - pour qu'il continue de jouer un rôle moteur dans le développement de l'économie mondiale.  


Pour véritablement passer à autre chose, c'est-à-dire, conserver le dynamisme du système et en même temps introduire plus de justice et d'égalité, il faudrait créer les conditions pour que
l'intérêt et le profit individuel ne soient plus le ressort de l'effort, du travail et de la création. Autant dire une révolution spirituelle !


En attendant, et c'est ce que s'efforcent de faire les sociaux-démocrates, on ne peut que déplacer le curseur dans un sens légèrement plus favorable au travail mais tout en veillant à ce que la
productivité du capital ne s'effondre pas. Cela demande de l'intelligence, du réglage et du doigté. Cela est d'autant plus difficile qu'il y a une hétérogénéité des sphères d'influence et des
niveaux de compétence. 


Voilà les quelques réflexions que m'ont inspiré ce film.


Cordialement.


Xavier.



Yousri Hidri 30/11/2010 13:52



900 et quelques euros d'impots  locaux, c'est du  a un "inside job"?????