Chroniques du mal-logement : ces pauvres qui vivent à l'hôtel

Publié le par Stéphane Legrand

 

Je le rencontre sur un banc public situé sur une jolie place du centre gare. Pour respecter son anonymat, nous le nommerons Patrick. Ce banc, c'est un peu son salon, sa salle à manger... car il dors juste en face, dans un hôtel. L'histoire de Patrick, c'est l'histoire d'une vie un peu cabossée. Un emploi d'ouvrier dans l'imprimerie assez bien payé, une famille, des enfants, une maison et des crédits. Puis, le chômage, le déclassement professionnel et social pour cet homme qui a toujours travaillé, une dépression, les crédits qui deviennent de plus en plus difficile à payer, un divorce et la perte de son domicile. Bref, la chute sociale et économique d'une homme qui pourrait être n'importe lequel d'entre nous. Depuis peu, il suit un programme de réinsertion professionnelle, sa bouée de sauvetage. Il remonte enfin la pente avec à la clé une perspective d'embauche par le patron de l'entreprise dans laquelle il suit son actuelle formation. Côté privé, il vit dans une chambre d'hôtel en plein centre d'Aulnay-sous-Bois. C'est loin d'être le plus affreux des logements car il a connu pire. Cependant, une vie à l'hôtel c'est loin d'être la vie de palace avec la nécessité de prendre ses repas à l'extérieur, et cette précarité sans fin. Dès qu'il sera embauché, il souhaite avoir un logement social au plus vite. Le grand souhait de Patrick est de profiter de ses petits-enfants et de les accueillir dignement chez lui et sans la honte d'être une personne assistée.

 

Sur cette même place, Patrick me présente sa voisine, une mère de famille avec ses enfants. Elle m'explique la difficulté de vivre à l'hôtel avec les sacs et les valises posées dans un coin, l'impossibilité de construire un véritable cadre familial, la promiscuité, l'absence de cuisine, les vêtements qu'il faut laver dans le lavabo ou à la laverie automatique. Pour elle-aussi, venir sur cette place est une manière de respirer...tant qu'il fait beau. Bientôt, il fera mauvais et elle devra se cloîtrer dans sa chambre d'hôtel avec ses enfants. Elle ne comprend pas pourquoi on dépense autant d'argent pour la loger à l'hôtel alors qu'avec beaucoup moins elle pourrait vivre en HLM. Tout en parlant, elle surveille ses enfants, sa seule richesse, avec cette angoisse du lendemain.

 

Je prend congé d'eux. Certes, ils ont un toit précaire mais leur vie reste suspendue sans qu'ils puissent se projeter dans l'avenir. Je ne prend même pas la peine de leur parler des stériles discussions sur le logement social dans la ville, des posture des gens bien attentionnés, des dérobades de certains politiques, des égoïsmes étayés par de l'écologie de pacotille... Ce serait rajouter de la colère à leur détresse.

 

Selon la Fondation Abbé Pierre, il y aurait en France, 3.498.800 personnes connaissant une problématique forte de mal-logement et 6.617.000 personnes en situation de réelle fragilité à court et moyen terme (chiffres 2008 tirés du Rapport Mal-logement 2009).

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