Hadopi : délation mode d'emploi

Publié le par Bernard Joseph

 « Bonjour Jean-Michel, vous avez des salariés qui, manifestement, aiment tirer contre leur camp. Cordialement ».

C'est par ces mots rapportés dans Le Canard Enchaîné de cette semaine que Christophe Tardieu, le bras droit de la ministre de la Culture, Christine Albanel,  a dénoncé par un email envoyé à Jean-Michel Counillon, secrétaire général et directeur des affaires juridiques de la chaîne TF1, un employé de TF1, responsable du pôle innovation web. La seule faute de ce dernier était d'avoir critiqué le projet de loi Création et Internet (Hadopi).

Comme le précise Christine Albanel interrogée à l'occasion des questions au gouvernement, l'e-mail avait été envoyé à TF1 "sans aucune demande de sanction, mais pour information". Une singulière manière d'informer, qui a abouti au licenciement de Jérôme Bourreau, l'employé en question. Ce licenciement est d'ailleurs fort condamnable car il y a eu une violation caractérisée de la correspondance privée, violation qui n'a semblé émouvoir personne au gouvernement.

Cet épisode dit de l'"Hadopigate" illustre bien les "liens incestueux" entre le pouvoir actuel et la principale chaîne de télévision. TF1 qui est en forte perte de vitesse et le gouvernement de droite. TF1 et l'UMP se tiennent les coudes. Hadopi, la nouvelle et déjà obsolète loi qui tente de faire perdurer un modèle économique éculé et TF1, la chaîne vieillissante qui vient d'obtenir la suppression de la publicité sur le service publique et une seconde coupure de publicité, même combat !

Pour en revenir à la loi, la conclusion en revient sans doute à Jérémie Zimmermann, co-fondateur de La Quadrature du Net. : « Le gouvernement et les députés de la majorité se sont couverts de ridicule par leur acharnement à satisfaire à tout prix le président-roi. À défaut d'un réel processus démocratique, l'HADOPI aura permis de recentrer le débat sur l'importance des libertés individuelles à l'ère numérique et la nécessité impérieuse d'inventer de nouveaux modes de financement de la création. Les artistes et les auteurs, y compris ceux d'entre eux qui ont un temps été instrumentalisés par le gouvernement et les lobbyistes d'industries décadentes, vont désormais s'unir avec leur public pour passer à la suite».

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